Chroniques du jeu, des joueurs et des matches d’avant.

Pour une esthétique éternelle du football, de ses enjeux, de ses libéros et de ses 5-3-2.

vendredi 27 septembre 2019

LA VIE SANS PLATINI

France-Belgique (3-2), match qualificatif pour la coupe du monde 1982


Le 29 avril 1981, la France reçoit la Belgique dans un match couperet qualificatif pour la coupe du monde en Espagne. Les Belges, vice-champions d'Europe, sont invaincus et en position très favorable dans la poule 2. Côté bleu c'est l'hécatombe : Specht, Battiston, Larios, Lacombe et surtout Platini (pubalgie) sont absents. Comment Michel Hidalgo va-t-il gérer l'absence de son stratège et meilleur joueur ?


Un mois auparavant, à Rotterdam, il n'avait pas su résoudre l'équation et la France s'était inclinée. Ce résultat avait fragilisé sa position dans un groupe relevé qui compte aussi l'excellente équipe d'Irlande. Pour ne pas déroger à ses principes, le sélectionneur français aligne un traditionnel 4-3-3. Exit toutefois le jeune Alain Moizan qui n'a pas convaincu aux Pays-Bas. Il opte pour un trio de milieux polyvalents, tous les trois attirés par l'attaque : Tigana, Giresse et Genghini.

Jeu en mouvement et « petits formats »


C'est la première titularisation du jeune sochalien qui porte élégamment le n°10 laissé vacant par l'idole de Nancy et Saint-Etienne. Devant, il mise sur le retour en forme du rapide et agile Gérard Soler, qui avait disparu des radars depuis 3 ans pour remplacer numériquement Lacombe. En défense, ce sont Janvion (très dynamique sur son flanc droit) et Lopez (en difficulté face à Vandenbergh) qui complètent les inamovibles Bossis et Trésor. Dropsy, malgré sa bourde de Rotterdam (il marque du dos contre con camp), est confirmé.


Soler a beaucoup permuté avec Six, il marque d'ailleurs ses deux buts du côté gauche


Après un début de match hésitant face à des Belges sûrs de leurs forces et qui ouvrent rapidement la marque (Vandenbergh idéalement lancé par Vercauteren, 5e), la mayonnaise prend. La configuration « petite taille » des milieux et ailiers bleus donne le tournis aux visiteurs. Giresse, Tigana, Six (tantôt virevoltant, tantôt agaçant, comme à son habitude) et Soler redoublent les passes et combinent merveilleusement. Les deux ailiers multiplient appels et contre-appels. Tigana ratisse au milieu, profitant de l'apathie du vétéran Van Moer (36 ans) et se projette rapidement vers l'avant. Giresse, toujours bien placé joue dans le bon tempo.



Autour de ces quatre joueurs qui ne cessent de permuter et d'offrir des solutions vers l'avant, deux points d'ancrage. Genghini, placé devant la défense, sert de rampe de lancement pour distribuer le jeu à base de passes longues et précises. À tel point qu'on oublie vite l'absence du meneur de jeu stéphanois alors autant en délicatesse avec son physique fragile qu'avec une partie public français, déçu des ses prestations depuis plusieurs mois.


Devant, c'est Dominique Rocheteau qui occupe l'axe. Plutôt habitué à jouer sur l'aile chez les Bleus, il se voit offrir l'occasion de faire ses preuves en tant que centre-avant, poste qu'il occupe désormais en club depuis son arrivée au Paris-Saint-Germain cette saison. En verve, l'Ange Vert se dépense beaucoup : il décroche, joue les une-deux et fait valoir son grand sens du jeu collectif. Mobile, il multiplie les appels et fait beaucoup souffrir l'inamovible charnière belge Meeuws-Millecamps. Ce dernier, touché à la cuisse, doit céder rapidement la place au jeune Michel De Wolf qui, malgré son aggressivité, ne parviendra jamais à prendre la mesure de l'attaquant bleu.

Vers l'avènement du « carré magique »


Trois buts inspirés ponctuent une première mi-temps de haute-volée (3-1). Etouffé, le milieu de terrain belge (dans lequel domine René Vandereycken, plaque tournante du RSC Anderlecht) ne trouvera l'ouverture qu'une seule fois après la pause par son jeune et prometteur attaquant, Jan Cueulemans, révélation du dernier Euro en Italie (score final 3-2).


Après la rencontre se pose LA question : cette équipe a-t-elle vraiment besoin de Michel Platini ? L'absence de la star tricolore ne fait-elle pas plus de bien que de mal à cette escouade au style de jeu instinctif et enlevé ? Et si la présence du 10 stéphanois – à qui l'on pourrait reprocher de trop garder le ballon dans les pieds - bridait les élans créatifs des Tigana, Giresse et autres Rocheteau ? Le football de mouvement voulu par Michel Hidalgo – qui en ce sens s'inspire de la révolution « orange » des années 1970 – n'est-il pas plus efficace dans cette configuration qui permet d'allier pressing dynamique, jeu vers l'avant et permutations incessantes forgeant ainsi l'identité d'une équipe à l'avenir prometteur ?

Le retour en grâce du fils prodigue à l'automne offrira une réponse sans équivoque : non, la France ne peut pas se passer de son meilleur joueur. Mais les expérimentations de ce printemps 1981 vont laisser des traces : Hidalgo sent que l'on peut désormais jouer avec deux, voire trois milieux créatifs (Giresse, Genghini et donc Platini) en simultané. Cette génération formidable de meneurs de jeu amènera le romantico-pragmatique sélectionneur à ajouter une nuvelle pièce au puzzle en les faisant jouer ensemble au sein du fameux « carré magique » qui, de son avènement au cœur d'un torride été espagnol, jusqu'à l'hallali mexicaine de 1986 marquera de son empreinte toute une époque.

La feuille de match

dimanche 22 septembre 2019

FONDATIONS UNIES


Roumanie-France (1-3), octobre 1995


Qu'est-ce qu'un match « fondateur » ? Une partie qui frappe les esprits et dont le resultat, inattendu bien qu'espéré, marque le début d'un nouveau cycle. Mais aussi une rencontre durant laquelle une équipe se révèle à elle-même, façonne les contours d'une identité qui devra s'inscrire dans la durée.


Le match fondateur de l'équipe de France de la « win » late 90's-early 00's se joue à Bucarest, à l'automne 1995. Clouée au pilori pour son absence d'ambition dans le jeu qui se traduit par une série de matchs nuls et stériles (Slovaquie, Pologne...), la team d'Aimé Jacquet est au bord du gouffre. Deux ans après la piteuse élimination du Mondial américain (le fameux « France-Bulgarie-gate » de 1993), et deux ans (et demie) avant d'accueillir la prochaine coupe du monde, la France est virtuellement éliminée de l'Euro 96.

Elle n'a plus le choix : si elle veut se qualifier pour la première édition de cette compétition ouverte à 16 nations, il faut aller chercher un résultat dans les Carpates. Seulement voilà, la Roumanie sort d'un Mondial américain sensationnel seulement stoppé en quart de finale par les terribles Suédois, après avoir balayé les outsiders colombiens, les hôtes U.S. et renversé l'Argentine privée de Diego Maradona (mais nantie de Redondo, Batistuta et autres Sensini) en huitième de finale.

Autant dire qu'on a grave les chocottes dans l'amphi B flambant neuf de l'université du Hainaut en ce mercredi 11 octobre, début d'après-midi. Non pas à cause des désastreuses prévisions macro-économiques de notre lointain discoureur, un obscur prof qui n'a pas su captiver notre attention. Le match commence dans moins de deux heures (horaire d'Europe de l'Est, style 17h45) et on n'a pas envie d'imaginer les Bleus absents d'une quatrième compétition internationale en 10 ans...

Mon voisin de droite (tendance libérale à la Milton Friedman) admet qu'avec un Karembeu monstrueux des deux côtés du terrain avec la Samp', un Djorkaeff létal devant les cages, un Desailly stratosphérique au Milan, un Deschamps patron de le Juve de Lippi et des Girondins en folie (Duga-Zizou-Lizarazu en pleine épopée coupe de l'UEFA), on a vraiment de quoi renverser des montagnes. Cette Roumanie en est une, de montagne.

Il leur a bien fermé leurs bouches aux Roumains, Marcel.
Les deux heures de jeu qui suivront seront extatiques. Dans un stade mal éclairé, ce qui renforce la sensation de piège lugubre que revêt cette rencontre, l'image est sombre, lointaine - on est à trois semaines dHalloween aussi. On sent tout de même immédiatement que les Djorkaeff, Dugary et autres Karembeu sont dans le coup. Il y a de l'envie, de la niaque, des duels gagnés. Une défense solidifiée par le duo boucherie-charcuterie composé des inénarrables Leboeuf et Di Meco (ce dernier portant étonnamment le brassard de capitaine ce jour-là).

Contre toute attente, donc (au mieux on espérait un nul qui reportait à plus tard encore la décision de la qualif'), le France l'emporte. Et impose un nouveau style. Sans Ginola et Cantona, dont les arabesques régalent le championnat anglais, donc sans les deux joueurs français à la plus haute réputation internationale à l'époque, les Bleus montrent un visage relativement rare dans la tradition de l'équipe de France : besogneuse, accrocheuse, tranchante en contre-attaque, sereine et forte mentalement. Et bien sûr, une touche de technique savoureuse devant, avec un Zidane inspiré et surtout un Djorkaeff omniprésent à la construction comme à la conclusion. Le Youri est à ce moment-là le « franchise-player » des Bleus, et il le sera encore jusqu'au jour du couronnement de 1998.



samedi 19 août 2017

LE CALCIO DÉPLOIE SES AILES

REAL MADRID – MILAN AC 1989 (1-1)


Ce n'est pas une équipe arc-boutée en défense qui se présente en ce printemps européen disputer le math aller de la demi-finale de la Coupe des Clubs Champions à Bernabeu. Ce n'est pas non plus une formation outrageusement dominatrice et monopolisant la balle de la première à la dernière minute qui se présente face à la terrible Quinta Del Buitre. C'est autre chose qui va se dérouler ce soir d'avril 1989 dans la capitale espagnole. Aux yeux de l'Europe entière, le Milan AC va frapper un grand coup. Pas le plus spectaculaire, pas le plus héroïque, mais un immense coup tactique.

En l'absence de Costacurta, Rijkaard est descend d'un cran épauler
Baresi en défense centrale. Donadoni a coulissé
pour prendre la place, inhabituelle pour lui, de milieu central.

C'est en effet dans occupation du terrain que l'équipe du président Berlusconi bouscule les traditions. Les Rouge et Noir jouent haut, loin de leurs cages, avec des intentions offensives. Pour la première fois, une équipe italienne se déplace chez un grand d'Europe sans laisser volontairement la balle à l'adversaire pour mieux contre-attaquer. Au contraire, durant 90 minutes, le digne représentant du calcio joue toutes ailes déployées dans son 4-4-2 maison : les attaques sont tranchantes, vives, en première intention. La récupération est haute, elle fait suite à un pressing intense qui étouffe le milieu adverse composé de Schuster, Michel et Martin Vasquez (excusez du peu!). La « zone press » du coach italien fait merveille.

Le pressing imprimé par Arrigo Sacchi élève l'exercice au rang d'art. Les joueurs coulissent formidablement, compensent les déplacements les uns des autres, comme dans un ballet orchestré par le capitaine Franco Baresi. L'ensemble ne laisse aucun répit à l'adversaire, champion d'Espagne et récent double vainqueur de la coupe UEFA (85 et 86) fut-il. Au centre du terrain, Ancelotti est le métronome, la sentinelle, infatigable ratisseur aussi bien cinquième défenseur que premier attaquant. Devant, Gullit décroche souvent pour soutenir ses milieux, tandis que Van Basten assure dans le rôle qu'on lui connaît de buteur-remiseur tellement classe qu'on a l'impression qu'il joue en costume trois-pièces.

Leurs pauvres adversaires font peine à voir en comparaison. Averti du danger rouge et noir, l’entraîneur de la Maison Blanche, Léo Beenhakker, a mis au point une parade : le bloc joue bas, regroupé autour de deux stoppeurs et d'une libéro, le beau Gallego et son numéro 10 dans le dos. À lui de trouver, par de longs ballons, les flèches Hugo Sanchez et Butragueno en première intention, ou alors, indirectement en passant par les latéraux Gordillo et Chendo. Football fruste comparé à l'iconoclaste démonstration lombarde faite de redoublements à ras de terre, d'appels subtils, de longues transversales précises et d'un engagement de tous les instants.

Il Capitano Franco Baresi
Un engagement physique qui ne se confond pourtant pas avec la précipitation ou la brutalité. Jamais les coéquipiers du soyeux Donadoni ne varient dans leurs intentions : aller chercher le ballon haut, le plus près des cages adverses, puis combiner rapidement pour toucher les attaquants le plus rapidement possible – afin de ne pas leur laisser le loisir de se replier et de se réorganiser défensivement. Même après l'ouverture du score des locaux (joli ciseau du Mexicain Sanchez, juste avant la mi-temps), ils ne perdront pas les pédales. Pas même après l'égalisation – injustement – refusée à Gullit après l'heure de jeu – suite à une flamboyante percée du « libero grande », Franco Baresi.

L'égalisation, mille fois méritée, survient finalement sur un exploit technique de Van Basten qui reprend de la tête, à vingt mètres, un centre de Tassoti un peu court. À 1-1, les Merengue se disent alors sans doute qu'ils ne font pas une si mauvaise opération que ça au vu du déroulé du match. Mais l'Histoire est en marche, avec un grand, un immense « H ». Ce Milan éclabousse l'Europe et il n'y aura aucun public hostile, ni aucun arbitrage moyen pur se mettre en travers de leur chemin quinze jours plus tard à San Siro (5-0), au cours d'une rencontre qui marquera durablement l'histoire pourtant déjà riche des coupes d'Europe de clubs.

Le match en intégralité ici:




dimanche 20 décembre 2015

AMERICA VS "LE RESTE DU MONDE" : UN ÉTÉ CALIFORNIEN

Il fut un temps où la FIFA ne passait pas son temps à organiser des procès à charge CONTRE ses propres membres. Il arrivait même à l'organisation mondiale du football de produire des événements originaux, exotiques, voire palpitants, comme ces rencontres entre sélections continentales, et en l’occurrence ici intercontinentales. Nous sommes quelques semaines après le triomphe argentin lors du Mondial 1986 et le Rose Bowl de Pasadena (banlieue de L.A.) est bien rempli pour accueillir ce show hollywoodien calibré pour les télés à pub.
Soren Lerby na manque jamais un face-à-face

Falcao jubile


D'un côté : une sélection de joueurs du continent américain - qui penche vachement au sud – organisée autour de Diego Maradona. On dénombre trois Argentins (avec Brown et Pumpido), quatre Brésiliens (tous à des postes plutôt défensifs : Josimar, Julio Cesar, Alemao et Falcao), deux Mexicains (Negrete, Servin) et deux Paraguayens (Nunes et Cabanas). Des joueurs « on fire » lors du récent mondial – sauf Falcao, 32 ans, sur les rotules avec la seleçao, mais qui éclabousse de retenue et de délicatesse l'un de ses derniers matches pro. Pour enflammer le stade, le binôme de coaches Bilardo et Milutinovic fera entrer un Américain (Caligiuri) en seconde période.

America' 86
Rest of the World' 86





De l'autre : une sélection « Rest of the World » - dont l'épicentre, on ne va pas se mentir, se situe en Europe. Le banc comprend certes un Asiatique (le Coréen Park) et un Marocain (Timoumi), mais le onze titulaire est 100% vieux Continent. Le Danois Lerby et l'Ecossais Strachan forme un duo de lutins toniques au milieu. Butcher, Amoros et Belanov (6 buts au Mexique) poursuivent sur leur lancée de la compét' du mois précédent du côté de Vera Cruz. Stielike, Renquin, Jennings, Rossi, Magath, voire Rocheteau, incarnent plutôt quant à eux la génération précédente, celle qui a brillé sur la Costa Brava en 82. Du costaud, du filou, de l'expérience. Deux Allemands, deux Français, trois Britanniques, un Belge, un Italien, un Danois et un Soviétique, mais aucune des grosses côtes du moment (Butragueno, Elkjaer-Larsen, Lineker, Laudrup, Michel, Zavarov, Scifo etc.), ni des superstars du continent (Rumenigge, Pfaff et Platoche avaient « week-end à la mer »).

Envoyé spécial du KGB

Cabanas-Maradona: l'axe napolitano-brestois

N’empêche, Beckenbauer et Cruyff (binôme de coaches un brin connaisseur) ont bâti un onze solide, pas clinquant pour deux sous (malgré ses deux meilleurs buteurs de coupe du monde en pointe), cosmopolite, qui préfigure les tours de Babel de milieu de tableau de l'ère Premier League post-Bosman. C'est logiquement lui qui mène deux-zéro à l'heure de jeu, malgré la domination des « locaux ». Et s'il n'y a que deux buts au compteur, c'est qu'on est pas chez Pinder en cette fin juillet à L.A.


Malgré le cachet « exhibition » accolé à cette rencontre sans enjeu, on sent que les deux sélections tournent bien (surtout l'Européenne, étonnante de fluidité pour une équipe « bricolée ») et qu'il y a une sorte de suprématie en jeu, héritée de la rivalité Europe-Amérique qui rythme la World Cup tous les quatre ans. Guidée par un Maradona au top de lui-même, l'Amérique revient au score grâce au futur meilleur buteur de deuxième division à Brest : Roberto Cabanas. La séance de tirs aux buts nous rappelle qu'on est aux States, et que vu d'ici, rien de tel qu'un concours de shoot pour faire durer le suspense.




dimanche 15 novembre 2015

« DIEGO » BUCHWALD, LE PROMOTION DU SIECLE

Allemagne – Pays Bas. Coupe du monde 1990. Sans Siro, Milan.



Frank Rijkaard est un monstre. Défenseur, milieu de terrain, organisateur, stoppeur : sa polyvalence a peu d'égal dans l'histoire du football. Pourtant, ce 24 juin, à Milan, dans ce qui constitue l'affiche de ces huitièmes de finale de la coupe du monde 1990 (égalité avec Brésil-Argentine à Turin), il va trouver son maître en la personne de Guido Buchwald. Depuis les tribunes, le joueur du grand Milan AC d'Arigo Sacchi va subir, impuissant à l'élimination des siens. Pourquoi en tribune ? Car il a pété un cablon. À la 22e minute, il ne résiste pas à la tentation de jeter un crachat bien huileux sur la moquette crânienne de ce diable de Rüdi Völler. Un peu injustement, ce dernier paie aussi dans l'embrouille, puisque l'arbitre montre illico le carton rouge à ces deux joueurs « de caractère ».

Guido défend, Guido attaque, Guido grimace, Guido est grand, suffisamment
grand pour que ses coéquipiers le surnomment "Diego".

Il reste a minima 68 minutes à jouer et le meilleur à venir puisque les deux équipes doivent se réorganiser en conséquence des cette double sortie précoce. Et que les espaces vont s'ouvrir après un début de partie agressif et tendu, comme souvent entre ces deux nations rivales (guerre mondiale 1939, coupe du monde 1974, euro 1988 etc.). Côté hollandais rien ne bouge niveau tactique si ce n'est le recentrage de l'arrière droit Van Aerle dans l'axe de la défense, Winter (demi défensif) et Van't Schip (ailier droit) se relayant pour boucher les trous sur le flanc défensif droit.

Côté allemand, Franz Beckenbauer ambitionne de grandes manœuvres et réorganise le positionnement global de l'équipe qui avait démarré la rencontre en 5-3-2. Le grand Guido Buchwald, généralement dévolu aux tâches défensives, se voit offrir la promotion du siècle : direction l'attaque pour épauler Klinsmann, afin de boucher le trou laissé béant par la sortie du roublard Rüdi. Ce soir-là, dans un stade dont six des vingt-deux acteurs du coup d'envoi connaissent chaque recoin (Klinsmann, Matthäus et Brehme jouent à l'Inter ; Rijkaard, Gullit et Van Basten au Milan AC), c'est lui qui va faire basculer la rencontre.

Avant le "Rüdigate" de la 22e minute
Après l'expulsion, Buchwald est promu "attaquant".





















50 minutes de jeu : le frisé de Stuttgart reçoit un ballon sur le flanc gauche. Deux passements de jambe plus tard, Aaron Winter est enrhumé. Guido le contourne sur sa droite, et centre du pied gauche, au cordeau. Au premier poteau, Klinsmann arrive lancé, dévie la balle de l'extérieur du pied droit devançant Van Aerle comme Van Breukelen : 1-0. Feu « la RFA » peut voir venir. Les Néerlandais ne sont pas dans un grand jour, mais se créent plusieurs occasions de revenir à égalité. Gullit est impuissant, Van't Schip invisible et Van Basten esseulé. Seul Witschge, avec son magnifique pied gauche, apporte un peu (beaucoup!) de classe au « dix » orange.


Evidemment, les Allemands doublent la mise. Mais même pas en contre malgré leur position reculée depuis l'ouverture du score – et les risques pris par les Néerlandais désormais disposés en 2-3-4 avec l'entrée de Wim Kieft – puisque le but du K.-O. arrive au terme d'un corner joué côté droit. Mauvais renvoi sur Berthold qui joue de la tête pour... Buchwald, une fois encore côté gauche de l'attaque allemande (le flanc déserté par les Pays-Bas depuis le recentrage de Van Aerle). Sobrement, cette fois, il alerte en retrait Andreas Brehme qui enroule de l'angle de la surface, du pied droit : 2-0.

Deux semaines plus tard, Buchwald soulèvera la coupe du monde après avoir muselé Maradona en finale. Dans l'ombre, celui qui a bien mérité son surnom de « Diego », aura été l'un des hommes forts d'une Mannschaft solide, réaliste et néanmoins créative - ceci pas seulement grâce à son médiatique trio de l'Inter de Milan: Matthäus, Brehme, Klinsmann.


l'intégrale:


dimanche 1 novembre 2015

LE BOUILLON DU PREMIER MATCH

Italy (vs. Austria WC 90), Rome, 9 juin 1990



Coach: Azeglio Vicni

Rencontre typique entre l'équipe qui débute son Mondial à domicile face et une sélection très inférieure "sur le papier". Résultat: panique devant le but adverse, rien de marqué en 75 minutes et bon gros stress au stade Olympique. Revue d'effectif d'une squadra qui débute timidement sa compétition.


Autriche prudente: à 8 derrière lorsque l'Italie pousse.

Giannini recule fréquemment. Di Napoli est porté vers l'avant: une place pour deux.
Bergomi marquage individuel sur Polster.
Baresi s'intercale au milieu: soyeux.
Carnevale volontaire mais maladroit, précipité.
Maldini prudent, efficace, timide.
De Agostini entre après la pause: passage au losange et couverture du flanc gauche.
Vialli alterne profondeur et jeu en pivot: solide.
Donadoni crée des étincelles. Entente à parfaire avec Giannini.
Schilacci arrive avec à propos pour régler le problème de l'inefficacité devant le but.

Défense solide, bloc assez rigide derrière, normalement souple devant. Manque global de maîtrise. Enthousiasme et idées créatives, mais également grande fébrilité à la construction, déficit de confiance. Tirs précoces, actions non menées à terme.



mardi 7 juillet 2015

RFA-POLOGNE 1974 : BATAILLE D'EAU EN MONDIOVISION

Dans des conditions diluviennes, la Mannschaft remporte la bataille navale qui lui permet d'accéder à la finale de « sa » coupe du monde.



Il pleut des seaux d'eau sur Francfort depuis la veille, et encore à l'heure où les deux équipes sont programmées pour donner le coup d'envoi de Pologne – Allemagne de l'Ouest. On va attendre un peu que le grain passe. Les stadiers épongent la pelouse avec leurs gros rouleaux. Les pompiers arrivent en renfort. On ne voit que des parapluies dans les tribunes. La délégation polonaise veut reporter le match – le bon sens l'y incite. Les Allemands veulent jouer. L'arbitre autrichien décide que la bataille d'eau peut commencer, avec une demi-heure de retard et un bon cinquième de l'aire de jeu totalement impraticable, gorgée d'eau. Sur une bande de 40 mètres de long sur 25 de large, entre la surface de réparation et la ligne médiane côté opposé à la tribune officielle, le ballon n'avance pas.

C'est la zone de Breitner, l'arrière gauche, qui s'emploie toute la première mi-temps à tenter de nettoyer ce qu'il reste de pelouse à cet endroit du terrain en multipliant les aller-retours. Le ballon produit des trajectoires facétieuses, s'arrête subrepticement, prend les joueur à contre-pied. Le fabuleuse histoire du « Foot en folie » commence ici. Beckenbauer, lui,a tout compris : il procède par petites louches successives pour avancer sur cette partie du terrain imbibée d'eau. Mais la mécanique de construction germanique est contrariée par la météo. Décidément, cette coupe du monde, c'est la galère pour les troupes de Helmut Schön.

Les Allemands jouent avec le feu depuis le début de la compétition


La victoire à l'arrachée lors du premier match contre le Chili, grâce à une énorme patate du fougueux Breitner, 23 ans, latéral offensif, n'efface pas tout. L'humiliation d'une défaite face au frère de l'Est (RDA-RFA : 1-0) renvoie-t-elle la Mannschaft à des moments de doute avant le second tour ? Habitués à briller depuis vingt ans en coupe du monde (une victoire, une finale et une demi-finale sur les quatre dernières éditions) et vainqueurs de l'Euro 72, les Allemands sont ultra favoris de l'épreuve. Dans le sillage du Bayern, qui vient de remporter sa première C1 et qui forme l'ossature de la sélection nationale, on se demande qui peut stopper la machine teutonne. Pourtant, ce n'est pas à un redressement tonitruant qu'on assiste lors des matches suivants.

Les Yougos, et leur légendaire sens de la combativité, ne font pas ombrage à leurs hôtes. Mais contre la Suède, c'est une autre histoire. Overath, génial meneur de jeu jamais en manque d'inspiration, recentre les débats en 2e mi-temps (victoire 4-2) alors que les Scandinaves menaient à la surprise générale à la pause (volée limpide d'Edströem sur un ballon mal renvoyé). Grabowski, entré après l'heure de jeu, séduit efficacement sur l'aile droite dans ce duel de haute volée au suspense garanti. Il retrouve une place de titulaire perdue en début de tournoi pour le match décisif contre la Pologne.

Hölzenbein utilise ses aérofreins pour stopper la course de Szymanowski

En fait, hormis les cinq-six indéboulonnables (Maier, Vogts, Schwarzenbeck, Beckenbauer, Breitner, Müller), la formation alignée par papy Helmut fluctue de match en match. A la pression qui naturellement échoit au pays qui joue une coupe du monde à domicile s'ajoute une fébrilité sur le plan tactique que le coach semble avoir du mal à gérer. Des histoires de clan, de lobbies : Netzer et le team Mönchengladbach d'un coté, Overath et les Munichois de l'autre. Netzer a un style de jeu plus flamboyant, plus direct qu'Overath. Il est meilleur dribbleur, plus grand buteur. Plus soliste aussi, moins impliqué dans les rouages du rythme collectif que le génial Wolfgang aime imprimer, en chef d'orchestre au pied gauche de velours.

Beckenbauer tranche, ce sera Overath avec qui il formait un formidable binôme du milieu de terrain quatre ans auparavant au Mexique. Leur relation technique est toujours aussi onctueuse : petites passes dans l'intervalle, remontées de balle tranquilles, ouverture de l'extérieur du pied etc. Restent trois postes à pourvoir : Wimmer, Herzog, Flohe, Cullman et Heynckes se succèdent sur les pelouses de Germanie avant que le puissant Bonhof ne s'installe comme milieu défensif, puis que les ailiers de l'Eintracht, le malicieux Grabovski et le chétif Hölzenbein, ne s'incrustent définitivement sur la feuille de match à partir du fameux match contre la Pologne.

La Pologne rate le coche et s'en bouffe le coude


Revenons donc à notre clash des Titans : RFA-Pologne, affiche finale d'un second tour sous forme de mini-championnat à quatre équipes. Allemands et polonais ont remporté leurs deux premières rencontres : le vainqueur du duel validera son billet pour la finale. Bien que l'organisation ne l'ait pas prévu ainsi, l'épreuve offre donc une véritable demi-finale à la mondovision rincée à l'eau claire, trempée des pieds à la tête. Et la pelouse inondée ne handicape pas que les défenseurs allemands aux maillots tout crottés après même pas un quart d'heure de jeu. Tout le flanc droit de l'attaque polonaise est neutralisée en première mi-temps. Celui où rode Lato, révélation du tournoi, appelé en dernière minute (remplaçant la légende Lubanski), titulaire surprise et auteur de six buts en cinq matches ! Du bourbier de Francfort, le « divin dégarni » (24 ans) s'extraie pour aller défier Maier en un contre un vers la demi-heure de jeu. Le gardien munichois n'est pas là pour rigoler et offre son corps en sacrifice à la Nation en danger. Ce sera la plus grosse occasion de but de la première mi-temps sifflée sur un score nul et vierge.

Beckenbauer se positionne en F3 alors que Domarski l'attendait en C2

Prudents, les locaux n'ont jusque là pris aucun risque avec l'état du terrain. Mais au retour des vestiaires il n'y a plus le choix. Un 0-0 qualifie les rouges, au bénéfice du goal-average. Il faut marquer, mais rien ne sert de s'affoler non plus : « Nous sommes chez nous, jouons notre jeu, ça finira bien par passer » explique (à peu près) Kaizer Franz à ses camarades pendant la pause citron. À l'heure de jeu, Hölzenbein se faufile dans la défense à deux têtes formée du grand Gorgon et de l'impétueux Zmuda (20 ans, élu "meilleur jeune" du tournoi) : penalty. Hoeness, infatigable accélérateur de particules entre le milieu et l'attaque, parfois imprécis, y va. Tomaszewski la sort. Stupeur. Et tremblements.

Beckenbauer monte d'un cran, il est maintenant à l'origine de toutes les actions. Qu'Overath modèle à son image : élégamment et avec clairvoyance, alternant jeu court et jeu long, s'appuyant sur les courses de ses coéquipiers comme un trapéziste sur son bâton d'équilibre. Sur une percée de Bonhof, Müller récupère miraculeusement un ballon taclé à l'emporte-pièce, à 15 mètres des buts. Sans pitié, « der Bomber » crucifie le gardien polonais d'une frappe croisée. Enfin ! Délivrance. Le dernier quart d'heure est épique. Piqués au vif, les Polonais se ruent à l'attaque. Ils regretteront peut être d'avoir été trop gestionnaires pendant 80 minutes : ils n'en ont plus que 10 pour récupérer leur place en finale ! Deyna, capitaine, meneur de jeu et leader technique de la belle Pologne force le goal du Bayern à de très, très grandes œuvres.

La pluie reprend, double et triple. Elle harcèle les photographes de bord de touche autant que les tirs perdus de Maszczyk et Gadocha. Le courage germanique s'impose finalement, au bout de l'effort et de la douche (sans Thaïti). Il prive les utopistes d'une finale aussi inédite qu'excitante entre Pologne et Hollande, les deux équipes les plus prolifiques de la compétition en termes de buts. Quant à l'Allemagne, elle se faufile une nouvelle fois par un trou de souris pour avancer son pion péniblement vers Dame. Reste une ultime marche, face aux redoutables (imbattables ?) coéquipiers de Johann Cruyff, quatre jours plus tard, à Munich...

Feuille de Match


Coupe du Monde 1974, second tour, groupe B, 3 juillet 1974

Waldstadion, Francfort. Affluence: 62,000
Arbitre: Erich Linemayr

Pologne : Tomaszewski – Szymanowski, Gorgon, Zmuda, Musial – Kasperczak, Maszczyk, Deyna (cap.), Domarski – Gadocha, Lato. Ent : Gorski.

Allemagne : Maier – Vogts, Schwarzenbeck, Beckenbauer (cap.), Breitner – Bonhof, Overath, Hoeness – Hölzenbein, Grabowski, Müller. Ent : Schön.

But : Müller (76e)





lundi 23 juin 2014

LE PREMIER TOUR : UN « TROMPE L’OEIL » ?

Les équipes qui réalisent de gros scores lors des matches de poule en coupe du Monde sont souvent décevantes lors de la suite de la compétition. À quelques exceptions près…


En 82, ce sont les Anglais qui tirent les premiers (3-1) contre la France. La Hongrie enregistre de son côté le plus gros score de l’histoire de la World Cup face aux naïfs Salvadoriens (10-1). Les coéquipiers de Kevin Keegan (blessé) seront stoppés nets au second tour par l’Allemagne et l’Espagne, tandis que les Magyars ne passeront même pas le premier tour. De son côté, le Brésil déroule et applique le tarif « maison », soit 4 buts à la fragile Nouvelle-Zélande et à la grande équipe d’Ecosse emmenée par Graeme Souness. La frayeur initiale contre l’URSS (2-1) a été vite balayée par l’équipe de Telé Santana qui survole la compétition et marque trois autres buts qui éliminent l’Argentine, championne du monde en titre, au second tour. Socrates et ses copains déploient l’un des jeux les plus spectaculaires et inventifs de tous les temps. Mais voilà que l’Italie, laborieuse au premier tour (3 nuls), se dresse sur le chemin des Auriverde, promis à la demi-finale en cas de nul. La suite est connue : Paolo Rossi choisit ce jour pour ressusciter, inscrire trois buts de renard, et punir des Brésiliens coupables d’être trop joueurs.

Falcao, le vrai, celui du Brésil 82

En 86, la « Danish Dynamite » explose tout sur son passage dans le « groupe de la mort » : Allemagne (2-0), Ecosse (1-0) et Uruguay (6-1), avec un impressionnant Michael Laudrup à la baguette. De son côté, l’URSS balaie la Hongrie (6-0) et tient en respect les Bleus, champions d’Europe en titre (1-1). Ce sont les deux épouvantails du premier tour. Personne ne doute qu’on tient parmi ces deux équipes, qui doivent se retrouver en quart, un finaliste en puissance. Or, le second tour révèle une vérité différente : le Danemark de Jesper Olsen et Elkjaer est écrabouillé par une Espagne réaliste (5-1) qui a haussé son niveau de jeu après un premier tour quelconque. Quant à la Belgique, qualifiée de justesse après une défaite contre le Mexique et un nul contre le Paraguay, élimine les Soviétiques à la surprise générale (4-3 a.p.).

Acrobaties, chaussettes baissées et maillot Hummel : le Danemark de Sören Lerby éclabousse le début de compétition en 86

En 90, changement de scénario : l’équipe qui démarre le mieux la compète parvient à tenir le rythme. La Yougoslavie et les Emirats Arabes Unis encaissent 9 buts face à la machine teutonne huilée par un Lothar Matthäus au sommet de son art. La Mannschaft réunifiée gobe successivement la Hollande, la Tchécoslovaquie (l’autre équipe qui avait cartonné en début de compète), l’Angleterre puis l’Argentine en finale. Les coéquipiers de Maradona qui avaient débuté par une défaite (contre le Cameroun) avant de réaliser un parcours héroïque éliminant les rivaux Brésiliens, les yougoslaves pas encore désunis, puis les Italiens à Naples à l'issue d'un match tragique…

Le parcours de l’Argentine en 94 rappelle les précédents de 86 : 4-0 contre la Grèce, 2-1 contre le Nigéria. Avec un Diego affuté à la baguette entouré d’une génération prometteuse (Redondo, Batistuta, Sensini), on pense tenir un finaliste potentiel avec cette équipe qui développe un jeu spectaculaire. Hélas, la perte de leur capitaine charismatique, pris la main dans le sac au contrôle anti-doping, leur coupe les jambes. La suite est pathétique : défaite contre la Bulgarie lors du dernier match de poule puis élimination définitive par la Roumanie en 1/8e…

Fernando Redondo, symbole du gâchis argentin des années 90

En 98, l’armada argentine refait le coup du départ canon en balayant Japon, Jamaique et Croatie sans encaisser de buts (7 marqués), et avec un nouveau petit génie aux manettes (Ariel Ortega). La qualification aux tirs aux buts lors d’un 1/8e de finale mémorable à Saint-Etienne contre l’Angleterre confirme que Zanetti and co. sont dans le coup. Pourtant, ils butent en quart sur des Néerlandais emmenés par le magique Bergkamp, alors que le premier tour des Oranje avait été plus que moyen (nuls contre la Belgique et le Mexique).

Lors du tournoi asiatique de 2002 l’Allemagne (8-0 contre l’Arabie Saoudite) et le Brésil (4 buts contre la Chine, et 5 contre le Costa Rica) sortent les armes lourdes d’entrée de jeu. Exceptionnellement, elles tiendront jusqu’au bout le rythme puisque la finale  les opposera. De façon assez surprenante, cette finale de Yokohama est la seule rencontre jamais enregistrée en coupe du Monde entre ces deux monstres que sont le Brésil et l’Allemagne. A contrario, l’Espagne (9 pts et 3 buts par match) est impériale au premier tour mais est victime de stérilité offensive ensuite. Les tirs aux buts les qualifient contre l’Irlande mais les éliminent en quart devant une Corée du Sud déchaînée drivée par Guus Hiddink.

En 2006, on se souvient de l’enflammade espagnole qui termine le premier tour avec 9 pts et 8 buts marqués (dont 4 face à l’Ukraine de Shevchenko). Résultat : une piteuse élimination en 1/8e de finale. Mais c’est l’Argentine (6-0 contre la Serbie) qui impressionne le plus lors des matches de poule, s’affirmant comme un lauréat potentiel, avant de devoir baisser les armes face à l’Allemagne, une autre équipe « vitamine » du premier tour (3 victoires, 8 buts marqués) en quart. Même sort pour le Brésil, stoppé au même stade de la compétition par une France en mode « diesel » (2 nuls pour commencer avant d’éliminer l’Espagne et donc le Brésil). Les Auriverde avaient pourtant réalisé un premier tour sans faute (3 victoires, 7 buts). Pendant ce temps, l’Italie se fraie un chemin jusqu’en demi-finale sans faire de bruit…

C'est qui derrière Fernando? C'est Willy!


Lors de la première édition africaine, en 2010, ce sont les Allemands qui provoquent le grand frisson lors du premier tour en étrillant l’Australie (4-0) puis en ramenant le Ghana à la raison (1-0). Entre ces deux matches, une étrange défaite contre la Serbie (0-1) annonce les failles dont se délecteront les Espagnols en demi-finale malgré une avalanche de buts en 1/8e et en quart (8 contre l’Angleterre et l’Argentine). Les futurs champions du monde ibériques qui avaient débuté la compétition par une défaite contre la suisse (1-0)…

Sur les huit dernières coupes du Monde, l’Allemagne en 90 et le Brésil en 2002 sont les deux seuls futurs vainqueurs à avoir entamé la compétition très fort. A un degré moindre, on peut compter la France de 98 dans cette catégorie, puisque les Bleus avaient fait carton plein (9 pts avec 9 buts marqués) au premier tour, mais c’était à domicile et face à des équipes de second rang (Arabie Saoudite et Afrique du Sud). Autre bémol pour l’équipe de Jacquet : la suite fut nettement plus hasardeuse, avec une qualification au but en or, une autre aux tirs aux buts et un renversement de situation survenu grâce à un buteur rare en demi-finale.

En 1990, Matthäus a survolé la compétition de bout en bout

Lors des cinq autres éditions, l’équipe « on fire » du premier tour s’est la plupart du temps arrêtée avant les demi-finales : Brésil en 82, Danemark et URSS en 86, et l’Argentine en 94, 98 et 2006, décidément abonnée à ce rôle de vainqueur potentiel qui déçoit. L’Allemagne de 2002 ainsi que celle de 2010 sont allés loin (finale et demie) en poursuivant sur la même carburation, mais les équipes qui vont loin après avoir débuté doucement sont plus nombreuses : Italie 82, 94 et 2006, Allemagne et Belgique 86, Argentine et Angleterre en 90, Bulgarie en 94, Croatie en 98, Turquie en 2002, France en 2006, et à un degré moindre Espagne et Uruguay en 2010. L’édition 82 est la plus renversante de toutes, puisqu’aucun des demi-finalistes (Italie, Pologne, France et Allemagne) n’avait remporté son match inaugural…


dimanche 9 mars 2014

LIBERO(S) GRANDE

Baresi, Ondrus, Koeman, Trésor, Zmuda, Pezzey et Demol furent tous titulaires de patronymes farfelus. Coïncidence ? Non, car ces défenseurs techniques et « libérés de tout marquage » sont les symboles de la popularité du poste de libéro dans les décennies 70 et 80.


Bruno Pezzey, Argentina '78


BARESI, TRESOR, PEZZEY

Bruno Pezzey : Uruguayen ? Italien ? Suisse ? Autrichien. Vainqueur de la coupe de l’UEFA avec l’Eintracht Francfort, auteur d’un but contre l’Irlande du Nord lors de la coupe du monde 82, Bruno le Germain est décédé en jouant au hockey-sur-glace un 31 décembre, à Innsbruck. À 34 jours de son quarantième anniversaire. Car libéro, c’est non seulement un poste à porter un nom baroque, mais c’est aussi courir le risque de foncer vers une issue tragique.


Marius Trésor : la Guadeloupe apporte un bloc de vaillance, de courage et d’intelligence à une défense française en reconstruction. C’est la pierre angulaire défensive sur laquelle Hidalgo va bâtir son glorieux édifice. Six ans plus tard, en Andalousie via Marseille et Bordeaux, Trésor frappe une volée pleine lucarne un soir d’été en 1982. Un don de Dieu, un cadeau, un trésor ! Sacré Marius.


Franco Baresi. Rides à 25 ans, dos courbé, calvitie et nuque épaisse : un physique des Dolomites du type qui ne déconne pas avec la ligne de hors-jeu et les relances de 60 mètres. Un style seigneurial imprime la légende du libero qui joue bas dans le Milan AC de Sacchi qui joue (très) haut. Mais même sans adversaire direct, Franco « bas-résilles » était collant.



KOEMAN, DEMOL, ZMUDA

Le pauvre Wladislaw Zmuda a attendu d’avoir 28 bougies sur le gâteau avant que l’administration de son pays l’autorise à exercer son métier dans le « monde libre ». Homme de goût, Wladi, 91 sélections et quatre coupes du monde au compteur (co-recordman), pose son sac à Vérone (Hellas). Affaibli par les blessures, il ne défend que sept fois en deux saisons les couleurs d’un club qui remportera le championnat l’année suivant son départ. « Meilleur jeune » de la Weltmeisterschaft 74, médaille d’argent aux J.O. deux ans après, brillant troisième du Mundial 82, Zmuda a été le dénominateur commun des grandes équipes de Pologne qui se sont succédé entre 1974 et 1986.

Ronald Koeman : l’homme-chibre à la frappe de titan (Barcelone-Sampdoria) a toujours su rallier à lui les esprits (Marcelo) salaces. Après tout, mieux vaut en avoir une dure que « Demol ». Stéphane est un grand voyageur révélé au cours de l’ahurissante rencontre du Mondial 86 qui vit la Belgique terrasser l’ogre soviétique 4 buts à 3. L’Anderlechtois a ensuite (joué et) emménagé à Bologne, Porto, Toulouse, Braga, Athènes (Panionios), Toulon, Liège, Bruges et Lugano en moins de dix ans !


SUPPLEMENT « EUROFOOT 76 » : ANTON ONDRUS

En demi-finale de l’Euro 76, Anton Ondrus est le capitaine de la Tchécoslovaquie qui défie les footballeurs totaux des Pays-Bas, vice-champions du monde en titre. Il ouvre le score d’une tête imparable de 15 mètres au quart d’heure de jeu. Son équipe est réduite à dix trois quart d’heure plus tard. Les Tchèques courbent l’échine. Dans leur style caractéristique, avec fougue et détermination, les Hollandais poussent. À la 73ème, Willy Van de Kerkhof, alerté par Wim Jensen, déborde et centre au cordeau. Le ballon rebondit sur le genou de l’ami Ondrus qui expédie le cuir dans ses propres filets. C’est le fameux classique « tor-eigentor ».

Anton a les boules. Heureusement, Neeskens est exclu à son tour trois minutes plus tard. L’orage orange passe, mais pas la pluie dans le ciel dans le stade Maksimir. Fin du temps réglementaire. Le valeureux Van Hanegem laisse ses coéquipiers à neuf. Un contre assassin smashé par Nehoda, puis un dernier pour conclure de Vezely scellent le sort des favoris bataves en toute fin de prolongation. Quatre jours plus tard, Antonin Panenka inscrit son nom dans l’histoire en inventant un genre de tir fouetté à effet rétro synonyme de victoire finale face à la République Fédérale Allemande championne du monde et d’Europe en titre. Anton Ondrus soulève la coupe. Sept ans plus tard, il signe à Thonon-les-Bains, division 2, groupe B du championnat de France.







vendredi 19 avril 2013

NEW YORK COSMOS : LE SOCCER SUR ORBITE

Le sport le plus populaire du monde n’a jamais vraiment pris aux Etats-Unis. Pourtant, au cœur des années 70, certains ont essayé. Comme le frères Ertegün, Ahmet et Nesuhi, immigrés turcs, producteurs de rhythm’n’blues à succès, qui ont fait fortune grâce à leur label, Atlantic Records. Racheté quelques années auparavant par la Warner, ils menacent de rompre le contrat qui les lie. La direction de la multinationale, pour les garder, leur laisse carte blanche et budget illimité pour assouvir leur passion première: le football.

22, v'là Franz et ses pom-pom girls
Le premier club de football professionnel new yorkais voit ainsi le jour au début de l’année 1971. Il prend part au championnat nord-américain fraîchement créé dans le but de promouvoir ce sport sur le Nouveau Continent. Le Cosmos affiche ses ambitions : rassembler des joueurs de toutes nationalités auxquels la population bigarrée de la Grosse Pomme peut s’identifier. Dès sa deuxième saison, le Cosmos remporte la NASL (North American Soccer League), qui ne compte que huit équipes. Mais la Warner, qui s'est prise au jeu, en veut plus : plus de spectacle, plus de divertissement, plus de superstars.

En quête d'une "dream team"

Lors de sa troisième saison, le Cosmos maintient son niveau sportif, mais les affluences sont décevantes. Moins de 5.000 spectateurs de moyenne par match sur tout le territoire… Pour booster la franchise, le club entend enrôler Pelé, un trésor national que la junte militaire brésilienne est jusque-là toujours parvenue à garder au pays malgré les offres des grands clubs européens. Pelé n'a jamais joué pour quiconque autre club que son FC Santos de coeur, avec qui il a tout gagné. Agé de 35 ans, le triple-champion du monde accepte le contrat en or des dirigeants new yorkais - 5 millions de dollars sur trois ans.

Avec dans ses rangs le joueur le plus doué de tous les temps, le Cosmos change de statut. Il devient une curiosité planétaire. Le premier match de Pelé en NASL est diffusé en direct dans 22 pays. Arrivé en juin 1975, sa présence permet de tripler les affluences dans les stades en une demi-saison ! L’effet « Pelé » fait un carton aux States.

Il fallait avoir l'idée - mais surtout les moyens - d'associer ces deux-là


Saison 1977: les résultats sont en dents de scie malgré le renfort de Chinaglia, caractériel attaquant romain qui martyrise les défenses adverses. Pour remédier aux lacunes défensives de l’équipe, les frères Ertegün débauchent Beckenbauer et Carlos Alberto. Soit les deux derniers capitaines en date à avoir brandi la coupe du monde… Avec dans ses rangs des joueurs anglais, péruviens, yougoslaves, brésiliens, allemands, italiens et bien sûr américains, le Cosmos est alors enfin « l’internationale » du football qu'il s'était promis de devenir.

Une maison de pré-retraite ouverte au « showbiz »

D’autres joueurs de classe mondiale s’engagent en NASL : Johan Cruyff, George Best, Gordon Banks, Bobby Moore, Eusebio et Gerd Muller pour ne citer que les meilleurs. Avec le Cosmos en tête de gondole, le championnat américain de soccer atteint son âge d’or. Entre 1977 et 1982, New York remporte quatre nouveaux titres. Les joueurs sont adulés, au même titre que des stars de la musique ou du cinéma. Les joueurs s’habituent aux bains de foule et ne disent pas non à un petit « after » en boite. Les VIP que les joueurs côtoient dans leurs folies nocturnes sont à leur tour invités au stade. Barbra Streisand, Phil Collins, Robert Redford, Muhammad Ali, Quincy Jones, Andy Warhol ou Steven Spielberg prennent leurs quartiers dans les loges du prestigieux Giants Stadium dont les vestiaires deviennent le dernier endroit à la mode.

Bientôt, le déclin s’amorce. Pelé s’en va sur un dernier titre, Beckenbauer retourne en Allemagne. Et le public se lasse aussi promptement qu’il s’était enthousiasmé. En 1980, les affluences reviennent à leur niveau d’avant l’arrivée de Pelé. Le rêve du Cosmos s’estompe au crépuscule des seventies, comme si ces images qui fleurent bon la rouflaquette et les films au format Super 8 n’avaient plus leur place à l'aune de la nouvelle décennie.

Beckenbauer, Pelé et Chinaglia: l'équipe de rêve du New York des seventies



Le Cosmos vivotera jusqu’en 1984, date de la dissolution de la NASL. Mais pour toujours, il laissera une trace indélébile dans l’histoire du football et du sport. Il a en quelque sorte montré la voie aux grands clubs européens qui, depuis 1995, bâtissent des équipes « all stars » en vendant à son public un spectacle familial dans des enceintes stylisées et confortables. Les matches disputés au Giants Stadium, fleuron des stades américains alliant gigantisme, polyvalence et fonctionnalités ultra-modernes, offrent des images d’archives au pouvoir de séduction immédiat. Dans le sillage du Cosmos, c’est toute une politique basée sur l’outrance financière et le show-business à gogo qui conduisit la NASL à sa perte. Trop en avance sur son temps, le Cosmos « bling bling » paiera ses erreurs et entraînera tout le championnat dans sa chute.